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Égypte
Appel à mobilisation

Mohamed el Baker : déjà plus de 1000 jours en détention

Le 25 juin 2022 marquait les 1000 jours de détention arbitraire de Mohamed El-Baker, poursuivi dans plusieurs affaires montées de toutes pièces dans le seul but de le punir pour ses activités légitimes d’avocat et de défenseurs des droits humains.
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Le calvaire de Mohamed el-Baker

Cela fait déjà plus de 1000 jours que Mohamed El-Baker est en détention. Alors que l’Egypte connaît une vague d’arrestations sans précédent fin septembre 2019 sous la présidence al-Sissi, Mohamed El-Baker est arrêté le dimanche 29 septembre alors qu’il exerçait sa fonction d’avocat en assistant Alaa Abdel Fattah lors d’une audition dans les locaux du service du procureur de la sûreté de l’État. Alaa Abdel Fattah, activiste renommé et icône de la révolution de 2011, a lui-même été arrêté plus tôt dans la matinée. Comme Alaa, Mohamed El-Baker est placé en détention provisoire et poursuivi pour participation à un groupe terroriste, financement d’un groupe terroriste, et diffusion de fausses informations qui menacent la sécurité nationale. Il n’a été interrogé que deux fois : le jour de son arrestation et en août 2021.

Le 16 octobre 2021, Mohamed est ajouté à une nouvelle affaire avec deux autres activistes, Alaa Abdel Fattah et Mohamed Oxygen, reprenant des accusations en partie déjà émises dans la première affaire. Les avocats de Mohamed et de ses coaccusés n’ont pas pu obtenir une copie du dossier pour préparer leur plaidoirie comme le prévoit normalement la loi égyptienne, le juge n’autorisant que la consultation du dossier dans les locaux du parquet. Les avocats ont protesté contre cette entrave, déposé plusieurs requêtes pour obtenir une copie du dossier, et refusé de présenter leur plaidoirie dans ces conditions. Le 20 décembre 2021, la cour de sûreté de l'état d'urgence de New Cairo a condamné Mohamed El-Baker et Mohamed Oxygen à 4 ans d’emprisonnement et Alaa Abdel Fattah à 5 ans, et cela malgré l’absence de plaidoirie de la défense dans une décision non susceptible de recours. De plus, les autorités égyptiennes n’ont pas pris en compte les vingt-sept mois que Mohamed a déjà passés en détention préventive. Il devrait alors purger sa peine jusqu’en janvier 2026 ! Ses avocats essayent de faire décompter la durée déjà passée en détention préventive dans le calcul de la durée de sa détention, sans succès pour le moment.

Dans une communication récente du 17 mars 2022, six rapporteurs spéciaux des Nations unies estimaient que Mohamed a été privé de son droit à une procédure régulière et à un procès équitable tout au long de sa détention arbitraire et de son procès. Le 1er décembre 2021, plusieurs rapporteurs spéciaux appelaient déjà à la libération des trois accusés et dénonçait l'utilisation systématique de définitions trop larges et vagues du terrorisme, incriminant injustement les défenseurs des droits humains, les journalistes et autres militants pacifiques. Ils dénonçaient également l’inscription de Mohamed El-Baker et d’Alaa Abdel Fatah sur la « liste des terroristes ». Cette décision a pour conséquences de geler les biens et avoirs financiers de Mohamed, de lui interdire de voyager à l'étranger ainsi que d'assumer une fonction publique ou officielle, comme celle d’exercer la fonction d’avocat, le tout pour une durée de 5 ans, dans le cas où il serait libéré entretemps. Une perspective qui semble malheureusement encore peu probable.

Contexte

Depuis la reprise du pouvoir par le régime militaire en 2013 avec à sa tête le Maréchal Al-Sissi, depuis président de la République, l’Egypte connaît une dégradation extrêmement préoccupante en matière de droits humains. S’attaquant d’abord au parti des Frères musulmans et à ses partisans, les autres mouvements politiques démocratiques, de gauche ou laïcs subissent ensuite la répression du régime ainsi que les journalistes indépendants, les activistes et défenseur.es des droits humains. Les autorités les accusent habituellement d’assistance à une organisation terroriste, d’appartenance à un groupe terroriste ou encore de diffusion de fausses informations menaçant la sécurité de l’État et les poursuivent devant des tribunaux spéciaux dit de la sûreté de l’État, qui traitent normalement des affaires terroristes.

Mohamed El-Baker est le fondateur et directeur du Centre Adalah pour les droits et libertés, fondé en 2014, une organisation de défense des droits humains qui agit également comme cabinet d’avocats pour la défense de ses clients, victimes du régime répressif égyptien. Comme beaucoup d’autres prisonniers de conscience en Égypte, Il est poursuivi dans plusieurs affaires qui ne font généralement que reproduire les mêmes accusations. Cette pratique appelée « rotation » est utilisée pour maintenir en détention les personnes poursuivies en cas de libération dans une première affaire ou au-delà de la durée légale de deux ans de détention provisoire dans une première affaire, en portant contre elles de nouvelles accusations infondées pour faire courir à nouveau le délai des deux ans de détention provisoire. Les autorités égyptiennes prolongent parfois la détention provisoire au-delà des deux ans légalement permis, comme c’est le cas avec Mohamed El-Baker.

Pendant un an et demi, Mohamed el-Baker et Alaa Abdel Fattah sont détenus ensemble dans une cellule petite et mal ventilée de la tristement célèbre prison Tora au Caire. Ses conditions de détention difficiles sont en violation flagrante des standards internationaux, puisqu’il ne lui est pas permis de sortir de sa cellule en dehors des visites qu’il reçoit. Il n’a pas le droit d’avoir de livres ou de journaux, ni d’écouter la radio. De plus, il doit se contenter de cartons comme matelas de fortune. Depuis mai 2021, il est détenu avec d’autres prisonniers dont l’activiste Mohamed Oxygen qui a fait une tentative de suicide en juillet 2021. Son ancien codétenu, Alaa Abdel Fatah, s’est également engagé dans une longue grève de la faim pour protester contre sa détention. Il a dépassé les 100 jours de grève de la faim le 10 juillet 2022.

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