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Chine
Communiqué

Nous ne voulons pas d'un second Tiananmen

Les manifestations pacifiques, critiques de la politique « zéro Covid » du gouvernement chinois, ont été vivement réprimées. Censure, recours à la force, arrestations arbitraires, les libertés sont à tel point menacés que nos organisations signataires urgent Catherine Colonna, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, d'intercéder auprès des autorités pour éviter que n'ait lieu un second Tian’anmen.
Photo_Actualité 20ème Congrès PCC-redim
© Photo Loey Felipe / UN Photo
Le 12 / 12 / 2022

Madame la Ministre,

Nous, les organisations de la société civile soussignées, vous écrivons pour exprimer notre extrême préoccupation face à la récente escalade de violences exercées par les autorités chinoises envers les individus manifestant pacifiquement contre la politique draconienne de « zéro Covid ». Cette dernière, mise en place par le gouvernement chinois depuis près de trois ans, est un prétexte à de nombreuses violations des droits humains.

L’ampleur de ces manifestations – inédite depuis le mouvement pro-démocratie de Tiananmen en 1989 – illustre plus largement la colère d’une population soumise depuis l’accession au pouvoir de Xi Jinping en 2013 à des pratiques abusives et autoritaires de la part du gouvernement, dans un contexte de rétrécissement considérable du périmètre d’action de la société civile.

Depuis mi-novembre, il est estimé que ce sont des milliers de manifestants qui ont réclamé la « liberté » et la « démission » de Xi Jinping. Certains ont également brandi, en silence, des feuilles de papier vierge, symbole de la censure dont ils font l’objet. En réaction, de nombreux policiers ont été déployés, particulièrement à Pékin et à Shanghaï, et la Commission des affaires politiques et juridiques du Parti Communiste Chinois (PCC), le principal organe de sécurité du pays, a ouvertement appelé à la sévérité, estimant qu’il fallait « réprimer résolument, conformément à la loi, les actions criminelles qui cherchent à briser l’ordre social, et protéger avec détermination la stabilité sociale ».

De fait, il ressort des informations disponibles que :

  • les pratiques de censure et de surveillance de la population se sont récemment intensifiées ;
  • la police chinoise a eu recours à un usage disproportionné de la force envers des individus qui seraient liés à ces manifestations ou qui diffuseraient des informations en lien avec celles-ci ;
  • plusieurs manifestants ont déjà été arrêtés par les autorités.

Aussi, nous vous demandons respectueusement de bien vouloir intercéder auprès des autorités chinoises pour :

  • rappeler la Chine à ses obligations concernant le respect de la liberté d’expression, la liberté de la presse et le droit à l’information, au titre de la Déclaration universelle des droits de l’homme à laquelle elle est partie et de l’article 35 de sa Constitution ;
  • exiger du régime chinois qu'il cesse de surveiller, harceler, maltraiter et d’arrêter arbitrairement les journalistes et les défenseurs de la liberté de la presse pour le simple fait d’avoir couvert de manière indépendante les manifestations ;
  • rappeler la Chine à ses obligations concernant le respect de la liberté de manifestation, de nouveau au titre de la Déclaration universelle des droits de l’homme, de l’article 35 de sa Constitution, mais également en vertu du Pacte international relatifs aux droits civils et politiques, que la Chine a signé mais pas ratifié ;
  • obtenir la libération immédiate et sans conditions des individus arbitrairement détenus par les autorités pour leur simple participation pacifique à ces manifestations ;
  • obtenir la libération immédiate et sans conditions des individus arbitrairement détenus par les autorités pour avoir dénoncé par le passé les violations des droits humains dues à la politique de « zéro Covid » ;
  • s’assurer que les personnes détenues arbitrairement ne fassent pas l’objet de charges impliquant des infractions passibles de la peine de mort, d’autant que la Chine est le pays qui exécute le plus au monde.

Nous refusons que la répression de ces manifestations, déjà condamnable, mène à un drame similaire à celui que la population a connu en 1989. Nous nous inscrivons en solidarité avec les manifestants chinois, et, pour reprendre vos propos au sujet de la Chine lors de la sortie du Conseil des Affaires étrangères du 17 octobre 2022, souhaitons également que soit défendu « l’universalisme des droits de l’homme ».

Dans l’espoir d’une réponse rapide, nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération.

Signataires :

  1. ACAT-France

  2. Barreau de Paris

  3. Ensemble contre la peine de mort (ECPM)

  4. Memorial 98

  5. Reporters sans frontières (RSF)

  6. Solidarité Chine

Une organisation a souhaité signer de manière anonyme.

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