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Liban
Appel à mobilisation

Toujours pas de justice pour Lokman Slim, un an après son assassinat

Le 4 février 2021, il y a maintenant plus d’un an, l’intellectuel, éditeur, réalisateur et militant Lokman Slim a été retrouvé mort dans sa voiture dans le sud du Liban de plusieurs balles dans la tête. Alors que l’enquête perdure depuis maintenant plus d’un an, il n’y a eu aucune réelle avancée : l’enquête est toujours dans une phase de « collecte d’informations » et les auteurs de l’assassinat n’ont toujours pas été identifiés ni arrêtés. Rien n’aurait encore mené à des « pistes importantes » selon une source judiciaire
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Le 03 / 03 / 2022

Le 4 février 2021, il y a maintenant plus d’un an, l’intellectuel, éditeur, réalisateur et militant Lokman Slim a été retrouvé mort dans sa voiture dans le sud du Liban de plusieurs balles dans la tête. Alors que l’enquête perdure depuis maintenant plus d’un an, il n’y a eu aucune réelle avancée : l’enquête est toujours dans une phase de « collecte d’informations » et les auteurs de l’assassinat n’ont toujours pas été identifiés ni arrêtés. Rien n’aurait encore mené à des « pistes importantes » selon une source judiciaire[1].

Si son crime n’a pas été revendiqué, de nombreux regards se sont tournés vers le Hezbollah et ses alliés. Lokman, né d’un père chiite, était un ardent défenseur d’un Liban déconfessionnalisé et démocratique. Il s’était largement engagé dans le mouvement révolutionnaire de 2019 et était l’une des voix chiites les plus critiques du Hezbollah. Il avait été, a plusieurs reprises, victimes de menaces et d’attaques. En 2019, Lokman avait déclaré que s’il lui arrivait quelque chose, il fallait en tenir responsable Hassan Nasrallah et Nabih Berri, les leaders chiites respectifs du Hezbollah et du parti Amal.

Plusieurs pistes sont soulevées pour expliquer son assassinat. Quelques jours avant sa mort, il s’était appuyé sur un article d’investigation pour dénoncer la responsabilité du régime syrien et de ses réseaux d’influence, dont le Hezbollah, dans l’explosion du port de Beyrouth d’août 2020. Une autre piste pointe vers sa participation à la tentative d’exfiltration d’un proche du Hezbollah impliqué dans des affaires blanchiment d’argent prêt à dévoiler l’affaire.

Un an après sa mort, plusieurs manquements questionnent le sérieux et l’impartialité de l’enquête. Après la découverte du corps, la scène de crime n’a pas été sécurisée, et des hommes en civil ont touché le véhicule, détruisant potentiellement des indices[2]. L’enquête a initialement été confié au procureur de la région du sud du pays, alors même que les nominations à ce type de poste se font par cooptation politique, posant la question l'impartialité du magistrat en charge de l’enquête. Par ailleurs, la première semaine, l’affaire a été assignée à un commissariat de police local ne disposant ni des moyens ni de l’expertise nécessaire pour mener une enquête adéquate[3]. Face à ces manquements, le 16 mars 2021, plusieurs experts indépendants des Nations unies, dont le rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, avaient appelé le gouvernement libanais à demander une assistance technique internationale pour enquêter sur la mort de Lokman Slim. Soulignant le contexte général d’impunité relatif aux assassinats politiques, les experts indépendants ont demandé au gouvernement de considérer la mise en place d’une commission indépendante et impartiale pour enquêter sur les défaillances des enquêtes passées d’assassinats de défenseurs des droits humains, activistes et politiciens[4].

Malgré le clair manque de volonté des autorités libanaises d’identifier les auteurs du crime et les défaillances du système judiciaire, sa famille reste mobilisée pour demander que justice soit faite. La réalisatrice, Monika Borgmann, veuve de Lokman Slim garde espoir : « La culture de l’impunité doit prendre en fin, en rendant justice à Lokman, justice aux victimes de l’explosion du port, justice pour toutes les familles des personnes assassinées, justice pour le Liban. »[5]

Après sa mort, une fondation au nom de Lokman Slim a été créée par sa famille pour lutter contre la culture de l’impunité des assassinats politiques dans la région. Selon Hena Jaber, la directrice de la fondation, ces assassinats « jouent un rôle majeur dans le contrôle de la vie politique dans les sociétés arabes »[6]

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Contexte

Lokman Slim et son épouse Monika Borgmann, avaient fondé l’ONG UMAM, dans leur propriété située en banlieue sud de Beyrouth, en plein fief du Hezbollah. L’une des missions d’UMAM étaient d’effectuer un travail de mémoire sur la guerre civile libanaise en développant un fond d’archives accessible à toutes et tous et en proposants une offre intellectuelle et artistique autour de la mémoire, de l’impunité et de la dignité humaine. Ensemble, ils avaient réalisé deux documentaires marquants, l’un sur le massacre de Sabra et Chatila et l’autre sur l’expérience de détenus de la prison de Palmyre durant la guerre civile syrienne. L’ACAT-France avait été en contact récemment avec UMAM concernant le projet MENA Prison Forum, une plateforme transdisciplinaire sur les questions en lien avec la détention et la torture dans le monde arabe. Lokman était également un amoureux de la littérature et avait fondé avec sa sœur écrivaine Racha Al-Ameer la maison d’éditions Dar Al-Jadid, reconnue pour sa qualité sur la scène culturelle arabe.

Son meurtre s’inscrit dans un contexte politique et économique particulièrement tendu dans le pays. Six mois plus tôt, une importante quantité de nitrate d’ammonium explosait à proximité du port de la ville, tuant plus de 215 personnes et ravageant plusieurs quartiers de Beyrouth[7]. Cette catastrophe pointait du doigt l’incurie du régime oligarchique libanais dont la confiance et la crédibilité étaient déjà largement réduites. Le Liban continue depuis maintenant plus de deux ans, de s’enfoncer dans une grave crise économique et monétaire, tandis qu’un mouvement de contestation de grande ampleur a débuté en 2019 face à l’incompétence répétée du système politique confessionnel libanais. Il convient de rajouter à cela la crise de la Covid-19 avec ses conséquences sanitaires et économiques pour avoir une esquisse de la situation catastrophique dans laquelle le Liban se trouve encore actuellement.

La situation des droits humains est également préoccupante. Les forces de sécurité font un usage de la force disproportionnée face aux manifestants notamment durant les mouvements de contestations initiés en 2019 ainsi que lors des manifestations d’août 2020 en lien avec l’explosion. Cet usage disproportionné et indiscriminé de la force contre des manifestants pacifiques a été dénoncé par plusieurs experts indépendants des Nations unies dans une communication au gouvernement le 26 août 2020[8].

Surtout, l’impunité et l’inefficacité du système judiciaire empêchent de poursuivre les responsables d’actes d’intimidations ou de violence à l’égard de militants ou personnalités publiques. Il en va de même concernant l’enquête portant sur l’explosion dans le port de Beyrouth, qui a dû être interrompue à plusieurs reprises notamment en raison de plaintes déposées contre Tareq Bitar, le juge en charge de l’enquête. Déjà en 2018, le Comité des droits de l’Homme exprimait son inquiétude concernant les pressions exercées sur le pouvoir judiciaire libanais, et questionnait le système de nomination des principaux procureurs et magistrats enquêteurs[9].


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