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République Dém. du Congo
Appel à mobilisation

Il faut enquêter sur la mort d’un militant de la Lucha

Mumbere Ushindi alias Dodo, militant de 22 ans du mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha), est décédé, le lundi 24 janvier 2022, à l’hôpital de Beni des suites d’une blessure par balle. Un agent des forces de défense et de sécurité congolaises (FDS) lui avait tiré une balle dans le ventre, presqu’à bout portant, dans le quartier Kanzuli, à Beni, au cours de la répression d’une journée « ville-morte » dénonçant l’insécurité dans la région. Il s’agit du troisième militant de la Lucha tué à Beni, en différentes occasions au cours des trois dernières années, par les balles d’agents des FDS.
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Le 10 / 02 / 2022

Mumbere Ushindi alias Dodo, militant de 22 ans du mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha), est décédé, le lundi 24 janvier 2022, à l’hôpital de Beni des suites d’une blessure par balle. Un agent des forces de défense et de sécurité congolaises (FDS) lui avait tiré une balle dans le ventre, presqu’à bout portant, dans le quartier Kanzuli, à Beni, au cours de la répression d’une journée « ville-morte » dénonçant l’insécurité dans la région. Il s’agit du troisième militant de la Lucha tué à Beni, en différentes occasions au cours des trois dernières années, par les balles d’agents des FDS.

La mort de Mumbere Ushindi arrive dans un contexte sécuritaire tendu à Beni. Des militaires et des policiers munis de fusils mitrailleurs ont été déployés dans les rues de Beni dans la nuit du 23 janvier 2022 à la suite de l’annonce par la Lucha de cinq journées de « ville-morte » pour dénoncer l’insécurité dans la région. Le Commissaire supérieur, Narcisse Mukeba – maire de la ville de Béni depuis l’instauration de l’état de siège en mai 2021 – et le Commissaire supérieur principal, Jean-Sébastien Kahuma Lemba, avaient publiquement averti avant la tenue des journées « ville-morte » : « les manifestants ne reverront plus les membres de leur famille ». Il s’agit de menaces à l’endroit de tous ceux qui adhèrent aux journées « villes mortes », ainsi qu’un message aux FDS leur indiquant qu’ils peuvent user de la violence pour mater les manifestants quitte à en tuer.

Les responsables des précédents meurtres de militants de Lucha bénéficient d’une impunité. Jusqu’à ce jour, l’auteur du tir ayant tué Obadi Muhindo le 23 novembre 2019, n’a jamais été trouvé. Le seul policier condamné à une peine de prison pour le meurtre par balle de Freddy Kambale, survenu le 21 mai 2020, s’est évadé de la prison de Kangwayi le 20 octobre 2021. Il n’a toujours pas été retrouvé. Le Colonel François Kabeya, qui avait une part de responsabilité dans la mort de Freddy Kambale est devenu le maire de la ville de Goma. Il n’a jamais été inquiété par la justice congolaise.    

Mobilisons-nous auprès du Président congolais Félix Tshisekedi pour demander une enquête judiciaire sur le décès par balle de Mumbere Ushindi :

  • Tweetez notamment les comptes liées au Président congolais, @fatshi13 et @Presidence_RDC, postez sur Facebook, faites-le savoir autour de vous !

Contexte

Le Président Félix Tshisekedi, arrivé au pouvoir en 2019, a décrété le 3 mai 2021 l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri afin « d’endiguer [les] menaces graves et de sécuriser les populations et leurs biens » pour une durée de 30 jours à dater du 6 mai 2021. L’état de siège a été mis en place sans que les Nations unies en soient notifiées comme le prévoit normalement l’article 4(3) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).

Les deux provinces situées à l’Est de la RDC – aux frontières du Soudan du Sud, de l’Ouganda et du Rwanda – sont en proie à des conflits depuis plus de 25 ans. Au moins 122 groupes armés étaient actifs dans ces deux provinces ainsi que dans le Sud-Kivu début 2021. Le contrôle des minerais que regorgent ces territoires (or, coltan…) constitue l’un des enjeux de ces conflits selon le Groupement de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP).

En vertu de l’ordonnance proclamant l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, ces dernières sont placées sous l’administration d’officiers militaires et policiers, nommés par le Président de la République pour assumer les fonctions de gouverneurs, bourgmestres et administrateurs des territoires en remplacement des responsables civils. Dorénavant, les autorités militaires et policières sont habilitées à : perquisitionner les domiciles de jour comme de nuit, interdire des publications et des réunions considérées comme portant atteinte à l’ordre public, interdire la circulation des personnes et interpeller quiconque qui perturberait l’ordre public. Les civils ayant commis de telles infractions seront, tout au long de la durée de l’état de siège, poursuivis devant des tribunaux militaires et non civils en violation des normes régionales et internationales en la matière.

Le nouveau gouverneur du Nord-Kivu, le lieutenant-général Constant Ndima, ancien commandant au sein de la rébellion du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) – rébellion soutenue par l’Ouganda – est surnommé « Effacer le tableau » depuis qu’il a dirigé l’opération « Effacer le tableau » en Ituri en 2002 durant laquelle de graves violations des droits humains ont été commises par ses hommes. Le nouveau gouverneur de l’Ituri, le lieutenant-général Johnny Luboya, ancien chef des renseignements militaires au sein du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) – rébellion soutenue par le Rwanda – est soupçonné du fait de sa position hiérarchique d’être responsable de nombreuses exactions commises par des éléments du RCD-Goma à l’encontre de civils, notamment des violences sexuelles et des exécutions extrajudiciaires dans les régions sous son contrôle

Depuis lors, l’état de siège est régulièrement prorogé par la Présidence de la République. Lors de son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 21 septembre 2021, le chef de l’État congolais a indiqué que cette mesure ne serait levée que lorsque les conditions qui l’ont favorisé disparaitront. Malgré la mise en place d‘une administration militaire et policière, les conditions sécuritaires ne s’améliorent pas. Au contraire, l’intensité des exactions des Forces démocratiques alliées (Allied Democratic Forces, ADF-Nalu – groupe rebelle ougandais) s’est accrue dans le territoire de Beni dans le Nord-Kivu et s’est étendue dans le territoire d’Irumu dans l’Ituri. Au Nord de Bunia, dans le territoire de Djugu, en Ituri, les affrontements entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et le groupe armé Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) ont entraîné une insécurité grandissante pour les populations civiles, qui ont été davantage ciblées par les attaques d’hommes armés. « Durant l’état de siège, les données statistiques révèlent qu’il y a eu deux fois plus de massacres que durant les quatre mois ayant précédé cette période, soit 1 100 personnes tuées de mai à août contre 502 de janvier à avril 2021 » affirme le GRIP. Les affrontements armés ont provoqué des déplacements massifs et continus de civils : 1,8 millions de déplacés internes au Nord-Kivu et 1,7 millions en Ituri à la mi-août 2021. L’insécurité s’est exacerbée dans les villes de Beni, Bunia et Goma avec davantage de vols à main armée, de violences sexuelles et de meurtres : plus de 300 cambriolages durant le seul mois de septembre 2021 commis par des hommes armés pour la plupart en uniforme de l’armée congolaise.

Le 5 octobre 2021, Amnesty International a fait part de ses préoccupations concernant l’état de siège et la situation des droits humains afférentes devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. L’ONG a affirmé que depuis la mise en place de l’état de siège, il y avait « une forte augmentation des atteintes aux droits humains tandis que l’accès à la justice [avait] été drastiquement réduit ».

L’état de siège n’ayant pas conduit aux résultats escomptés, le président congolais a autorisé l’armée ougandaise, fin novembre 2021, à combattre l’ADF-Nalu sur le territoire congolais.

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