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Mexique
Appel à mobilisation

Déjà un an de détention arbitraire pour la défenseure autochtone Kenia Hernández !

Défenseure des droits humains, Kenia Inés Hernández Montalván fait l’objet d’un acharnement judiciaire inédit en représailles de son activisme. Voilà plus d’un an qu’elle est détenue arbitrairement dans une prison de haute sécurité et poursuivie dans pas moins de huit affaires pénales !
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Le 04 / 11 / 2021

Défenseure des droits humains, Kenia Inés Hernández Montalván fait l’objet d’un acharnement judiciaire inédit en représailles de son activisme. Voilà plus d’un an qu’elle est détenue arbitrairement dans une prison de haute sécurité et poursuivie dans pas moins de huit affaires pénales !

Le 6 juin 2020, Kenia avait déjà fait l’objet d’une première arrestation à un péage autoroutier de l’État de México et s’était retrouvée poursuivie pour « vol avec violence ». Elle avait obtenu une libération sous contrôle judiciaire pour faire face à cette accusation.

Le 18 octobre 2020, en soirée, elle a de nouveau été arrêtée à un autre péage autoroutier. Ce n’est que le lendemain matin que son entourage a su que l’État de Mexico la détenait et l’accusait une nouvelle fois de « vol aggravé ». Le 24 octobre 2020, un juge a prononcé une autre libération sous contrôle judiciaire pour affronter cette seconde accusation.

Cependant, le lendemain, au lieu d’être libérée, Kenia a été envoyée dans une prison fédérale de haute sécurité. Cette fois, c’est le bureau du Procureur général de la République qui l’a fait arrêter pour « attaques aux voies de communication », une nouvelle infraction pénale, que, facteur aggravant, Kenia aurait commise « en bande organisée ».

À ce jour, outre les deux dossiers au niveau de l’État de Mexico, Kenia est poursuivie dans six affaires au niveau fédéral et encourt jusqu’à six ans d’emprisonnement.

Issue de la communauté ñomndaa de l’État du Guerrero, Kenia milite depuis longtemps pour les droits des peuples autochtones. Elle s’est notamment mobilisée pour la libération des prisonniers politiques opposants au barrage hydroélectrique de la Parota. Elle a également beaucoup œuvré pour les recherches après la disparition de l’avocat naua, Arnulfo Cerón. Très menacée par des paramilitaires et des autorités locales, Kenia avait dû se résoudre à quitter le Guerrero en 2019 pour la capitale de Mexico, d’où elle a continué ses combats. Un de ses modes d’action pour être entendue, comme pour beaucoup d’associations mexicaines, a été l’occupation des guichets de péage d’autoroute. Loin d’entraver la circulation ou de voler l’argent des automobilistes, il s’agit de les laisser passer gratuitement en les sensibilisant aux causes défendues. La forte capacité de mobilisation de Kenia et l’irritation des concessionnaires d’autoroute face à leur manque à gagner semblent avoir définitivement placé la défenseure dans le collimateur des autorités.

Au mépris du droit, le juge fédéral estime que la place de Kenia est dans une prison de haute sécurité parce qu’elle « manifeste beaucoup » ce qui la rend « très dangereuse ». Les conditions de détention y sont très mauvaises, et la santé de Kenia s’est beaucoup détériorée. Cependant, depuis le 18 octobre 2021, date anniversaire de sa détention, la défenseure a entrepris une seconde grève de la faim pour réclamer justice. Plusieurs condamnations pourraient être prononcées ce mois-ci…

Vous souhaitez vous mobiliser pour demander la libération immédiate de Kenia ?

  • Téléchargez la lettre, personnalisez-la avec vos coordonnées et adressez-la par voie électronique (en pièce jointe) ou par voie postale au Sous-secrétaire aux droits humains  du Mexique, avec copie à l'ambassade du Mexique en France.

Contexte

Les droits des peuples autochtones peu ou pas garantis

Les personnes et communautés autochtones du Mexique représentent 21,5 % de la population. 75 % d’entre elles sont concentrés dans 8 États : Chiapas, Guerrero, Hidalgo, Mexico, Oaxaca, Puebla, Veracruz et Yucatan. En théorie, elles ont des droits garantis par la Constitution, la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail ou encore les Déclarations américaine et des Nations unies. Elles ont notamment le droit à l’autodétermination (statut politique, développement économique, social et culturel) ainsi que de disposer totalement de leurs terres, leurs territoires et leurs ressources. Sans raisons d’intérêt public majeures et sans leur consentement, aucune présence militaire ne peut être permise sur leur territoire.

En pratique, nombre de ces droits ne sont pas respectés. 17 % des concessions d'exploitation des ressources naturelles au Mexique sont en territoire autochtone. Or, les communautés qui s’y trouvent ont une conception de l’environnement très éloignée du modèle dominant d’exploitation à grande échelle des ressources et sont discréditées dès qu’elles manifestent leurs préoccupations quant à l’implantation de projets d’extraction, énergétiques, touristiques et agroalimentaires. Pour des milices d’entreprises, des organisations criminelles ou les forces publiques, ce discrédit a l’effet d’un blanc-seing pour contraindre de façon violente ces populations qui sont accusées de nuire aux intérêts du pays et de la société dans son ensemble.

Défenseur·e des droits humains, un métier à haut risque

Les défenseurs des droits humains sont constamment attaqués du fait de leurs activités. Des campagnes de discrédit et de diffamation sont régulièrement menées par des représentants politiques ou des personnes et médias proches du pouvoir à l’encontre de défenseurs et d’ONG de défense des droits humains. Déjà très critique, la situation s'est encore aggravée après la proclamation de l'urgence sanitaire liée au COVID-19.

Le ministère de l’Intérieur reconnait au moins 94 assassinats de défenseur·e·s des droits humains depuis le 1er décembre 2018, début du mandat de l’actuel président Andrés Manuel Pérez Obrador. En 2020, selon le dernier rapport de l’ONG Global Witness, le Mexique est arrivé en seconde position dans le nombre d’assassinats (30) de défenseur·e·s de l’environnement, souvent autochtones.

Le mécanisme de protection des journalistes et défenseurs des droits humains mis en place en juin 2012 demeure inopérant. Le dispositif manque de soutien politique et financier, et les attaques à l’encontre des défenseurs et journalistes ne font pratiquement jamais l’objet de poursuites.

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