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Sri Lanka
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Exécuté par la police

Une nouvelle fois, un homme est décédé aux mains de la police sri lankaises. Sa famille veut savoir ce qui s'est passé et faire juger les responsables.
SL_Chadik wife kids
Le 13 / 03 / 2017

Nuit du 25 février dernier. La porte de la maison de la maison de Chadik Shyaman Wickramarachchi est fracassée par des hommes qui entrent brutalement. Effrayé, Chadik demande qui ils sont et ce qu’ils veulent. Il s’agit d’un groupe de policiers du poste de la ville de Peliyagoda qui indique vouloir recueillir son témoignage dans une affaire. Les agents l’emmènent dans leur véhicule sans donner leur identité précise, ni le motif exact de cette convocation soudaine et violente.

Cet homme de 42 ans, père d’un garçon de 7 ans et d’une petite fille née à peine 1 mois auparavant, décèdera dans les heures qui suivent.

Le lendemain matin, sa famille voulant se rendre au poste de police sera envoyée à l’hôpital de Colombo avant finalement de découvrir son corps sans vie à la morgue de la police de Colombo. Le cadavre de Chadik ne porte plus de T-shirt et comporte des traces de sable. Le rapport d’autopsie mentionne d’importants hématomes et une cause de décès potentiellement liée à une hémorragie interne. La version officielle pourtant donnée par la police indique que Chadik est tombé malade et a été transporté à l’hôpital où il est décédé.

L’inspecteur général de la police, une fois n’est pas coutume, a ouvert une enquête. Plusieurs policiers ont été arrêtés et placés en détention provisoire.

Face à des actes de torture, et des décès au sein des postes de police sri lankais, les enquêtes indépendantes sont rares. La hiérarchie policière protège fréquemment les responsables à tous les niveaux. Interférence dans l’enquête, dissimulation de preuves, falsification des rapports, pression, menace continuent à être utilisées pour protéger les tortionnaires au sein de l’institution. Le procureur général et la justice ferment également très souvent les yeux sur ces graves abus.

Une enquête indépendante, impartiale et rapide doit être garantie pour établir les circonstances exactes du décès de Chadik Shyaman Wickramarachchi et adresser les éventuelles responsabilités.

 

Contexte

 

Une affaire qui vient en rappeler une autre

Le décès de Chadik vient rappeler celui de Raviraj Kavichandran, arrêté un soir de septembre 2016 par la police et décédé quelques heures plus tard (relire l'appel urgent de l’ACAT). La version officielle de la police mentionnait un suicide, il s’était pendu avec sa chemise en garde à vue. Cette affaire avait déclenché d’importantes manifestations et l’annonce quelques jours plus tard par le gouvernement d’installations de cameras vidéo dans les postes de police. Cette mesure— qui n’était pas non plus décisive pour mettre fin à ces pratiques— n’a jamais été mise en œuvre depuis six mois. Les exécutions extrajudiciaires et le recours à la torture continuent au sein de la police.

 

Trop lentes réformes

Depuis deux ans, le climat général en matière de droits de l’homme s’est amélioré dans le pays. Le gouvernement au pouvoir a lancé des réformes constitutionnelles et promis une meilleure protection des libertés individuelles.

Le Sri Lanka a signé la Convention internationale sur les disparitions forcées en décembre 2015. Il a reconnu la compétence du Comité de l’ONU contre la torture pour recevoir des plaintes de citoyens sri lankais. Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture a pu se rendre dans le pays en 2016. Plusieurs mesures législatives positives ont été adoptées. La liberté d’expression est plus libre. Les médias et les sites internet ne sont plus bloqués ni censurés. Les défenseurs des droits de l’homme ont un dialogue direct avec le gouvernement.

Pour autant, aucune réforme structurelle n’a été mise en place pour adresser les causes systémiques des graves violations des droits de l’homme. Les engagements pris par le gouvernement depuis deux ans ne sont pas mis en œuvre.

Depuis les recherches publiées par l’ACAT en 2012, la pratique tortionnaire n’a pas changé. Elle demeure banale au sein de la police. Le Rapporteur spécial des Nations unies est venu le rappeler à l’issue de sa visite dans le pays en mai 2016. L’impunité demeure totale aussi bien pour des affaires passées qu’actuelles. Un certain nombre de normes toujours en vigueur encouragent le recours à la torture. Par exemple, la loi anti-terroriste qui permet de maintenir arbitrairement une personne en détention pour une période indéfinie sans aucun contrôle judiciaire.

Tant que de véritables réformes et une volonté politique de mettre fin à l’impunité ne seront pas mises en œuvre, la pratique de la torture perdurera.

 

Vous voulez agir? Télécharger ce modèle de lettre et adresser le à l'Inspecteur général de la police

 

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