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République Dém. du Congo
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Quand la jeunesse fait peur à Kabila

La mobilisation de mouvements de jeunes ayant conduit à l’alternance politique au Sénégal et au Burkina Faso suscite l’espoir de la jeunesse de plusieurs pays africains. Des mouvements similaires existent en RDC, mais ils font l’objet d’une répression féroce de la part du régime de Joseph Kabila.
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Le 08 / 10 / 2015

La mobilisation de mouvements de jeunes ayant conduit à l’alternance politique au Sénégal et au Burkina Faso suscite l’espoir de la jeunesse de plusieurs pays africains. Des mouvements similaires existent en RDC, mais ils font l’objet d’une répression féroce de la part du régime de Joseph Kabila qui veut se maintenir coûte que coûte au pouvoir.

En près de quinze années de pouvoir de Joseph Kabila, la jeunesse congolaise, soit plus de 60 % de la population, n’a vu aucune amélioration concrète de ses conditions de vie. Beaucoup attendent donc avec impatience l’alternance politique prévue avec la tenue del’élection présidentielle de 2016, à laquelle le président actuel ne peut théoriquement pas participer : la constitution limite à deux les mandats présidentiels consécutifs. Les tentatives successives de réforme constitutionnelle ou de report de l’élection présidentielle afin de permettre à Kabila de se maintenir au pouvoir ont, pour l’instant, échoué grâce à la mobilisation citoyenne [1]. Mais à quel prix ? Début janvier 2015, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles contre des jeunes manifestants qui protestaient contre un projet de loi électorale qui aurait permis la prolongation du mandat présidentiel. Plus de 40 personnes ont été tuées. Pour empêcher les manifestants de se rassembler, le pouvoir a interrompu de manière illégale certains moyens de communication (Internet, messages SMS, radio). Après une semaine de violences urbaines, le Sénat a fait marche arrière et adopté une version amendée de la loi mettant ainsi un terme aux troubles.

Une jeunesse congolaise à l’écoute de l’Afrique de l’Ouest

Au Sénégal, le mouvement « Y’en a marre » s’est opposé avec succès à la volonté du président Abdoulaye Wade de briguer un troisième mandat. Au Burkina-Faso, le collectif « Balai citoyen » s’est fortement impliqué dans les manifestations ayant conduit au départ du président Blaise Compaoré qui tentait également de faire modifier la Constitution. Le succès de ces mobilisations citoyennes a suscité admiration et enthousiasme dans de nombreux pays du continent, notamment en RDC, où des mouvements similaires existaient mais manquaient de visibilité et de reconnaissance. Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, des liens se sont rapidement établis entre l’Afrique de l’Ouest et la RDC.

La venue à Kinshasa, en mars 2015, de membres de ces collectifs ouest-africains, leurs échanges avec de jeunes Congolais regroupés au sein du collectif naissant Filimbi (le sifflet en swahili) sur le thème « Promouvoir l’engagement civique des jeunes Congolais de manière pacifique et responsable » a provoqué des sueurs froides au plus haut sommet de l’État. Le 15 mars, la conférence de presse devant lancer officiellement le collectif Filimbi a été réprimée par les forces de l’ordre. Une trentaine de militants ont été arrêtés. Dans les jours qui ont suivi, les activistes sénégalais et burkinabés ont été expulsés. Une grande partie des personnes arrêtées a été relâchée sous la pression internationale. D’autres activistes de Filimbi, recherchés par les services de renseignements, ont fui le pays ou sont rentrés en clandestinité.

Une génération aspirant à une meilleure gouvernance

Filimbi est une plateforme regroupant plusieurs organisations de jeunes [2]. Ceux qui les composent ont entre 20 et 40 ans, ont fait des études supérieures, travaillent dans le secteur formel [3] et sont familiers avec les réseaux sociaux. Ils représentent « la classe moyenne » qui se développe depuis une décennie dans les grandes métropoles du continent. Ils désirent encourager la jeunesse congolaise à remplir ses devoirs citoyens et à s’impliquer dans le développement du pays en refusant les pratiques d’un autre temps : corruption, clientélisme ethnique et politique, gabegie, etc. Voilà de quoi déranger et inquiéter le pouvoir qui ne sait comment faire face à ces nouveaux venus. Par peur de voir Filimbi être rallié par d’autres mouvements de jeunes, le régime en place a décidé de frapper fort et de décapiter le mouvement, d’où la répression du 15 mars 2015.

Une répression qui a propulsé Filimbi sur le devant de la scène

Filimbi est considérée par la justice congolaise comme une « bande organisée» qui aurait pour objectif « d’attenter à la personne ou à la vie du chef de l’État, de changer, détruire ou interrompre le processus Constitutionnel ». Fred Bauma et Yves Makwambala, en tant que membres de Filimbi, sont accusés « d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État ». Ils risquent la peine de mort pour le seul « crime » d’avoir organisé un atelier d’échanges avec d’autres jeunes Congolais et Africains. Quatre autres membres de Filimbi, actuellement en fuite à l’étranger, sont accusés des mêmes délits [4]. Pourtant, le rapport de mission d’information parlementaire visant à établir les circonstances des arrestations est clair : « Aucun indice » ne peut établir le « caractère terroriste du mouvement Filimbi » [5]. Ce procès marque la volonté manifeste du régime Kabila de criminaliser l’action citoyenne en faveur du respect des valeurs démocratiques. Cette volonté des autorités congolaise de détruire coûte que coûte le collectif Filimbi a, au contraire, propulsé cette jeunesse sur le devant de la scène publique, aussi bien au plan national qu’à l’étranger. Début juillet, les mouvements Filimbi, « Y’en a marre », « Balai citoyen » et d’autres se sont retrouvés à Ouagadougou afin de renforcer leurs capacités organisationnelles, notamment en termes de Web-activisme. Il est vain de croire que la jeunesse africaine, même sous la violence étatique, continuera à courber l’échine face à des « monarques » qui n’ont pour but que de se maintenir au pouvoir et de profiter des prébendes de l’État. Dans la rue comme sur le Net, Filimbi et les autres le clament haut et fort : il n’existe pas d’arrangement avec la démocratie. À bon entendeur, salut !

Clément Boursin, responsable Afrique à l'ACAT / @ClementBoursin

Cet article a été publié dans le Courrier de l'ACAT n°334

1. La République démocratique du Congo vit-elle un scénario à la burkinabé ? M. Luntumbue, A. Plauchut, GRIP /2015.
2. Lutte pour le changement (LUCHA), Jeunesse pour une nouvelle société (JNS), Forum national de la jeunesse pour l’excellence (FNJE)
3. Le «secteur formel» regroupe les activités économiques officielles et prises en compte par les statistiques.
4. Rapport de mission d’information relatif à la gestion par les services publics du dossier des organisateurs des rencontres Y en a marre, Assemblée nationale - 2015
5. https://drive.google.com/file/d/0B12VA69Nhd5nZjJmc0hhcFR4VDg/view?pli=1

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