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Plus de 160 prisonniers politiques devant la justice pour avoir manifesté pacifiquement

Plus de 160 Camerounais, leaders, membres et sympathisants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), parti d’opposition, sont détenus arbitrairement dans diverses prisons du Cameroun pour avoir participé à des marches pacifiques organisées le 26 janvier 2019 et interdites par les autorités. Ces marches avaient pour but de contester les résultats de l’élection présidentielle d’octobre 2018.
manif mrc
Le 18 / 03 / 2019

Plus de 160 Camerounais, leaders, membres et sympathisants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), parti d’opposition, sont détenus arbitrairement dans diverses prisons du Cameroun pour avoir participé à des marches pacifiques organisées le 26 janvier 2019 et interdites par les autorités. Ces marches avaient pour but de contester les résultats de l’élection présidentielle d’octobre 2018.

Au Cameroun, il n’est pas bon d’être un concurrent sérieux au Président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982 et réélu pour un septième mandat à l’issue d’un scrutin présidentiel qui n’a été ni transparent ni démocratique. Il n’est pas bon non plus de contester de tels résultats.

Parce que le MRC a demandé publiquement le recomptage des voix, bureau de vote par bureau de vote, sur la base de la confrontation des procès-verbaux avec les listes d’émargement, parce qu’il a appelé à une réforme consensuelle du système électoral au Cameroun et réclamé un dialogue inclusif pour résoudre les crises multiformes qui affectent le pays, le pouvoir en place a décidé de neutraliser le MRC avec des arrestations massives suivies d’une judiciarisation des détentions. L’objectif est clair : empêcher le MRC d’asseoir sa popularité naissante notamment dans la perspective des élections législatives de 2020.

Maurice Kamto, président du MRC, Michèle Ndoki, Christian Penda Ekoka, Paul-Éric Kingue, Albert Dzongang, Célestin Djamen, Alain Fogue, Gaston Abe Abe alias Valsero, et tant d’autres sont détenus pour des « faits de droit commun » selon les autorités, mais sont jugés devant la justice militaire, ce qui démontre bien qu’ils sont emprisonnés pour leurs activités politiques.

La dérive autoritaire est en cours au Cameroun : l’État ne respecte plus ses lois ni les conventions et traités internationaux.

 

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CONTEXTE

Le président Paul Biya est au pouvoir depuis 1982.

En avril 2008, les députés camerounais - majoritairement membres du parti au pouvoir (Rassemblement démocratique du peuple camerounais, RDPC) - votent plusieurs projets d'amendements à la Constitution de 1996, ouvrant la voie à une présidence à vie de Paul Biya, alors âgé de 75 ans. L'article 6 (alinéa 2) prévoyait que le président était « renouvelable une fois ». Avec l’amendement, il devient « rééligible ». Paul Biya, qui était alors en fin de second mandat, peut par conséquent postuler à la présidentielle de 2011 et aux suivantes, sans limitation de mandats. Un nouvel article de la Constitution officialise également l'immunité du chef de l'État à l'issue de son mandat au cas où la Justice s’intéresserait à lui dès son départ en retraite. Ces modifications constitutionnelles n’ont pas fait l’objet de contestations dans les rues du pays. Les forces de l’ordre étaient déployées, en masse, dans toutes les villes stratégiques. Deux mois auparavant, en février 2008, ces mêmes forces de l’ordre avaient réprimé dans le sang des manifestations transformées en émeutes. Des populations, principalement urbaines et jeunes, étaient descendues dans les rues pour crier leur mécontentement face la cherté de la vie, le manque d’avenir et le projet de réforme constitutionnelle permettant à un vieux président, au pouvoir depuis 26 ans, de se maintenir au pouvoir. Les forces de l’ordre avaient tiré à balles réelles sur ces jeunes causant plus d’une centaine de morts ; une quarantaine de morts selon les autorités et uniquement par « légitime défense ». Plus de 700 jeunes avaient été arrêtés et condamnés à des amendes ou à des peines de prison de manière expéditive, souvent au mépris du droit. Dans ces conditions, plus personne n’était prêt à manifester en avril 2008 contre l’avènement d’une véritable « démocrature » au Cameroun.

En octobre 2011, Paul Biya a été réélu, pour un sixième mandat, à l’issue d’un scrutin sans enjeu dans un pays miné par le marasme économique, la corruption, et verrouillé par la répression. Dans l’Extrême-Nord du pays, région particulièrement délaissée par les autorités, des milliers de jeunes Camerounais ont commencé à rejoindre Boko Haram - groupe terroriste nigérian - qui leur promettait un meilleur avenir : argent, biens matériels, femmes, etc.

En décembre 2014, le Cameroun, après avoir laissé prospérer ce groupe terroriste sur son territoire pendant plusieurs années, lui a déclaré la guerre sous la pression internationale. S’en est suivie une confrontation directe puis indirecte entre les Forces de défense et de sécurité camerounaises et les combattants de Boko Haram avec son lot d’attentats-suicide, d’attaques de villages et d’exécutions sommaires. Les autorités camerounaises ont répondu par une répression féroce contre toute personne ayant ou pouvant avoir un lien avec Boko Haram : exécutions sommaires, tortures, disparitions forcées… L’Extrême-Nord du Cameroun est devenu une zone de non-droit.

En octobre 2016, les Camerounais anglophones ont commencé à manifester pacifiquement, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, pour faire reconnaître leurs droits spécifiques liés à leur langue. Les autorités ont répondu par la répression. La contestation s’est alors durcie de jour en jour en réponse aux violences de l’État et aux négations de leurs droits. Les régions anglophones du Cameroun sont aujourd’hui en proie à un conflit de basse intensité où les groupes armés sécessionnistes contrôlent des territoires entiers et harcèlent les forces armées camerounaises sous forme de guérilla.

En octobre 2018, Paul Biya a été réélu à l’issue d’un scrutin, une nouvelle fois ni transparent ni démocratique. Depuis lors, toutes les voix dissidentes, politiques ou issues de la société civile, qui mettent en doute la légalité du pouvoir en place ou critiquent la gestion politique de la crise anglophone font l’objet d’une répression systématique : intimidations, arrestations, détentions arbitraires, poursuites judiciaires iniques et dans certains cas disparitions forcées. Face aux dérives du régime de Paul Biya, le 13 Novembre 2018, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a demandé aux autorités camerounaises d’ « assurer un espace démocratique pour les acteurs de la société civile, de l’opposition politique, les journalistes, les avocats et des activistes des mouvements pro-démocratie ».

 

Pour de plus amples informations sur la situation au Cameroun :

« Cameroun : les inquiétudes de la Communauté internationale »

A écouter en Podcast sur : https://www.africa1.com/podcasts/le-grand-debat-06-03-2019-19888

avec comme invités :

  • Clément Boursin, responsable Afrique à l'ACAT-France
  • Paul-Eric Emery, membre du RDPC
  • Julie Owono, avocate 
  • Olivier Bibou Nissak, porte-parole de Maurice Kamto

 

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