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Les défis d’une paix durable en Centrafrique

Pour l'ACAT, le Secours catholique, le CCFD, Apprentis d'Auteuil et la Délégation catholique pour la coopération, l’enjeu est de bâtir une mobilisation citoyenne en Centrafrique.
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Crédits : European Commission DG ECHO
Le 12 / 06 / 2014

Tribune publiée à l'origine dans le quotidien la Croix (édition du 11 juin 2014)

Le 10 avril dernier, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité la résolution 2149 autorisant une opération de maintien de la paix en Centrafrique, composée de près de 12 000 casques bleus. C’est un succès diplomatique, fruit d’un intense travail de plaidoyer, notamment, de l’État français et de la société civile, tant centrafricaine que française. Cependant, l’histoire récente – en RDC, au Darfour – a montré que les opérations de maintien de la paix ne peuvent pas tout résoudre. En Centrafrique, où la situation reste des plus instables et violentes malgré la nouvelle donne politique et la présence militaire internationale, les défis d’une paix durable sont immenses.

Une tournure confessionnelle inédite

La Centrafrique, l’un des pays les plus pauvres de la planète, connaît depuis son indépendance l’insécurité, les violations des droits de l’homme, l’impunité des auteurs et responsables d’exactions, la mauvaise gouvernance, la corruption et une absence chronique d’État. La crise qui démarre en décembre 2012, avec la progression de la Séléka puis la prise de Bangui en mars 2013, est le résultat de cette mauvaise gouvernance, les Séléka dénonçant le non-respect d’accords de démobilisation. Mais cette crise, qui plonge le pays de façon durable dans une logique de pillages et d’exactions, prend, à force d’amalgames, une tournure confessionnelle inédite lorsque les milices populaires anti-balaka s’en prennent à la population civile musulmane, accusée de complicité avec les Séléka dont la rébellion a parfois été confondue avec une tentative d’islamisation.

L’administration du pays a sombré sous la violence

Dix-huit mois après le début de la crise, le pays s’est enfoncé dans la destruction, les innombrables violations des droits de l’homme et la haine intercommunautaire. Les crimes de guerre et contre l’humanité, imputables tant aux ex-Séléka qu’aux anti-balaka, se poursuivent aujourd’hui en toute impunité. L’État et l’administration, déjà fragiles voire absents, ont sombré sous les violences. La situation humanitaire est catastrophique : à l’intérieur de la RCA, plus de 550 000 personnes vivent dans des camps ou dans la brousse ; plus de 300 000 ont fui dans les pays voisins. La violence s’est banalisée : c’est la haine et la vengeance qui s’expriment, tandis que l’analyse de la crise fait défaut et que se justifie trop souvent l’exclusion de la population musulmane, considérée dans son ensemble comme, d’une part, trop riche, tenant le commerce et l’exploitation diamantifère, et, d’autre part, d’origine étrangère à la RCA.

Nous pensons que la majorité de la population est victime de cette situation et qu’il faut l’aider à sortir de ce cycle de violences. Tout au long de cette année apocalyptique que la RCA a vécue, des communautés locales ont lutté et su résister aux forces de la haine : la plate-forme interreligieuse, et des communautés tant chrétiennes que musulmanes ont fait un travail courageux pour tenter de contrer les vagues d’exclusion, voire d’épuration.

Une mobilisation citoyenne pour rebâtir la Centrafrique

La restauration de l’État et de l’administration est nécessaire pour ranimer le pays et le remettre debout, mais c’est aussi sur les communautés locales que repose une paix durable. Qu’il s’agisse des enjeux de justice, de réconciliation ou de relance économique et politique, la concertation étroite avec les communautés locales est primordiale pour aider la Centrafrique dans la reconstruction d’une paix durable. C’est ainsi que l’on contribuera à bâtir ce qui fait défaut en Centrafrique : une mobilisation citoyenne. Ce processus prendra du temps. Le processus électoral est important pour le rétablissement de la démocratie, il doit permettre un travail d’éducation citoyenne sur les droits et les devoirs de chacun, et la construction d’une société civile forte. En ce sens, la priorité n’est sans doute pas à l’organisation d’élections dans un temps court, tant que des milliers de personnes déplacées ou réfugiées ne sont pas en mesure de voter et que l’insécurité perdure.

La sécurité n’est pas encore la paix

Les associations signataires de cette tribune, engagées depuis des décennies auprès d’associations centrafricaines, se félicitent de la mobilisation, certes tardive mais forte maintenant, de la communauté internationale à travers la participation au maintien de la paix. Cet appui, qui fait suite à la mobilisation de l’Union africaine et à l’intervention française, doit contribuer à rétablir la sécurité, sans laquelle rien ne peut se construire, et une certaine relance économique et politique ; il va permettre également de répondre aux besoins humanitaires immenses et urgents de la population.

Mais la sécurité, si prioritaire soit-elle, n’est pas encore la paix. Pour s’inscrire dans la durée, il faut que l’aide soit orientée aussi vers les communautés et organisations locales qui sont de véritables acteurs du changement sans lesquels le pays ne peut reconstruire son avenir.

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