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Exilés dans les rues de Paris : un traitement indigne de la France

Depuis le 3 août 2016, des centaines de demandeurs d’asile contraints de vivre à la rue ont été interpelés par la Préfecture de police de Paris, au lieu d’être mis à l’abri.
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Credits: Alternative libertaire/Flickr Creative Commons
Le 19 / 09 / 2016

A leur arrivée à Paris, des milliers d’exilés majoritairement Soudanais, Erythréens et Afghans, sont livrés à eux-mêmes et contraints de vivre à la rue pendant des jours et souvent des semaines, dans des conditions sanitaires et d’hygiène inacceptables, en attendant de pouvoir enregistrer leur demande d’asile, puis d’avoir accès à une structure d’hébergement.

Depuis le début du mois d’août, la Préfecture de police de Paris a décidé d’empêcher par tous les moyens la reformation de campements improvisés. Elle a par conséquent multiplié les opérations policières, dont un certain nombre n’ont pas débouché sur une solution d’hébergement mais sur un contrôle administratif dans des locaux de la police.

En un mois, au moins 130 exilés ont ainsi reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF) après avoir été interpelés par petits groupes et sommairement auditionnés, et parmi eux, 46 ont été immédiatement placés en centre de rétention administrative (CRA). Pourtant, ces 130 personnes étaient soit en demande d’asile, soit en attente de pouvoir enregistrer leur demande de protection.

Ces opérations d’expulsion et les conditions de vie indignes dans lesquelles sont maintenus les demandeurs d’asile et réfugiés à Paris, comme dans d’autres villes, constituent des violations manifestes du droit d’asile et doivent immédiatement cesser.

Un accès très difficile à la procédure d’asile et à l’hébergement

La réforme de l’asile de juillet 2015 avait pour ambition d’améliorer le traitement des demandes d’asile et de garantir un accueil digne à tous les demandeurs d’asile. Cependant, en Ile-de-France notamment, les délais d’attente pour enregistrer une demande d’asile s’étirent de plusieurs semaines à plusieurs mois, faute de places suffisantes, alors que la loi impose aux préfectures de les recevoir dans les 3 à 10 jours. Durant tout ce temps, les exilés sont exposés au risque permanent d’être expulsés, faute d’un titre de séjour, et n’ont accès à aucun des droits dont bénéficient les demandeurs d’asile.

Le droit international des réfugiés comme la convention contre la torture interdisent par ailleurs de renvoyer une personne vers un pays dans lequel elle risque d’être victime de torture ou d’atteintes à sa vie ou sa liberté. La délivrance d’OQTF contre des demandeurs d’asile ou des personnes exposées à ces risques est donc manifestement illégale.

Une fois leur demande enregistrée, seule la moitié des demandeurs d’asile bénéficie d’un hébergement, souvent après plusieurs mois d’attente. Nombre de ces personnes survivent alors tant bien que mal dans des campements informels.

Un manque chronique de volonté politique

Cette situation, qui n’est pas nouvelle, témoigne des défaillances chroniques et profondes de la politique française d’accueil et d’hébergement des réfugiés depuis de nombreuses années. En un an, une trentaine d’évacuations ont eu lieu à Paris et plus de 15.000 personnes ont ainsi été mises à l’abri. Si l’Etat a créé à l’échelle nationale plus de 20.000 places d’hébergement durant ces deux dernières années, plusieurs dizaines de milliers de places manquent encore. Les plateformes parisiennes d’enregistrement et d’accueil des demandeurs d’asile étaient par ailleurs déjà saturées avant la réforme de 2015, qui a étendu leurs missions mais pas leurs moyens. Cette situation perdurera aussi longtemps que l’Etat ne mobilisera pas les  ressources humaines et financières nécessaires pour respecter ses obligations légales en offrant un accueil, un hébergement et un accompagnement dignes aux demandeurs d’asile et réfugiés.

Vous pouvez agir en leur faveur en envoyant cette lettre.

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