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Mexique
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En finir avec la torture comme méthode d’enquête

Alfredo Vidal Córdoba est accusé d’enlèvement crapuleux et placé en détention préventive au Chiapas depuis juin 2014. Il est revenu sur ses aveux qu’il allègue avoir signés sous la contrainte. Sa plainte pour torture n’a pas donné lieu à une enquête plus diligente.
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CREDITS : ©DR Frayba Graciela Vidal Córdoba tient le portrait de son frère Alfredo Vidal Córdoba
Le 27 / 04 / 2018

Alfredo Vidal Córdoba indique avoir été arrêté le 11 juin 2014 au volant de son taxi à Huimanguillo dans l’État de Tabasco, non loin de la frontière avec le Chiapas où il résidait. Il explique que des hommes en civil, lourdement armés, l’ont embarqué dans une camionnette sans immatriculation. Ils lui ont couvert le visage, l’ont menotté, menacé et tabassé. Il devait avouer avoir séquestré les passagers de son taxi. Lui affirme avoir été contraint de transporter ces personnes sous la menace d’une arme, peu avant son arrestation.

Alfredo Vidal Córdoba explique avoir été conduit en un lieu secret où on a plongé sa tête dans des W.C. et l’a contraint d’avaler des excréments. Transféré dans la nuit vers Tuxla Gutierrez (Chiapas), il allègue de nouveaux coups et menaces de mort. Le lendemain, il dénonce avoir subi maints interrogatoires sous la torture (coups, sous-marin sec, chocs électriques). Le 13 juin, il a appris qu’il était détenu par le ministère public du Chiapas, ayant opéré avec des policiers de Tabasco. Le 14, il a été placé en détention.

En mai 2017, un juge a fini par ordonner la réalisation d’un examen médical conforme au Protocole d’Istanbul (méthodologie pour déterminer si une personne a été torturée et établir des preuves susceptibles d’être utilisées en justice) par les services du Procureur général de la République. Ces derniers ont indiqué manquer d’effectifs pour le faire. En décembre 2017, des médecins indépendants ont examiné Alfredo Vidal Córdoba, à la demande de l’ONG Frayba (partenaire de l’ACAT), et établi la probabilité de ses tortures. Rien n’a bougé depuis.

 

Contexte

Les ravages de la « guerre contre le crime »

Depuis dix ans, le Mexique traverse une très grave « crise des droits de l'homme » avec un taux d'impunité de 98 %, selon les propres termes de l’ONU. Dans le cadre de la «  guerre » gouvernementale contre la délinquance organisée, les forces de l’ordre et l’appareil judiciaire ont procédé à des arrestations et des condamnations massives en recourant à l’extorsion d’aveux et aux preuves illicites.

  • au moins 33 665 disparitions recensées depuis 2007 par le Registre national des personnes perdues ou disparues (RNPED), avec une augmentation de 474 % des cas entre 2007 et octobre 2016 ;
  • 7 635 plaintes pour torture enregistrées par les Commissions des droits de l’homme nationale et des états fédérés entre 2007 et 2016 ;
  • Plus de 200 000 homicides volontaires depuis 2007, avec une nette recrudescence depuis 2016. Record atteint en 2017 avec 78,84 homicides par jour.
  • 310 527 déplacés internes de 2009 à janvier 2017 du fait de la violence ;
  • 62 journalistes assassinés depuis 2007 dont 22 depuis 2016 ;
  • 31 défenseurs des droits de l’homme assassinés en 2017.

La torture, une pratique endémique

La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) du Mexique annonçait une nouvelle augmentation des plaintes pour torture de 332 % en 2016.

Policiers et militaires sont généralement responsables des épisodes de torture les plus sévères au cours des premières heures de l’arrestation, des transferts et de la détention. Dans de nombreuses affaires, des agents des ministères publics sont accusés d’avoir couvert des arrestations et des détentions arbitraires, torturé les détenus et fabriqué des preuves, poursuivi les intimidations jusqu’à la présentation devant le juge. Plusieurs cas mettent également en évidence la complicité de juges qui n’ordonnent pas d’enquête en cas d’allégation de torture, d’avocats commis d’office (sous l’autorité du ministère public) qui couvrent ou taisent les atteintes aux droits de leurs clients.

 

Vous pouvez envoyer ce courrier aux autorités mexicaines pour soutenir Alfredo Vidal Córdoba.

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