Cookie Consent par FreePrivacyPolicy.com
France
Actualité

Billet d'humeur : "opérations homo"

Dans le livre d'entretien "Un président ne devrait pas dire ça", François Hollande a évoqué les « opérations homo ». Pour homicides. Le surnom a le mérite de la clarté : les services secrets établissent une liste. Et ceux qui y figurent sont abattus par des tirs de missiles ou des actions commandos. Aucun juge, aucun avocat.
648x415_jean-etienne-linares-delegue-general-acat-action-chretiens-labolition-torture
Le 14 / 11 / 2016

« Forfaiture » s’est exclamé Nicolas Sarkozy. François Hollande a violé le secret défense. Il a menacé la sécurité des français en reconnaissant que les services spéciaux avaient « neutralisé » des « ennemis de l’État ». Mais il lui reproche seulement d’avoir trop parlé. Pas un mot sur la légitimité de ces éliminations.

« Opérations homo ». Pour homicides. Le surnom a le mérite de la clarté : les services secrets établissent une liste. Et ceux qui y figurent sont abattus par des tirs de missiles ou des actions commandos. Aucun juge, aucun avocat. Juste quelques hommes à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et à l’Élysée qui décident de frapper à l’étranger en dehors de toute légalité. Des assassinats ciblés.

Mais en face, ils ne nous font pas de cadeaux. C’est de la légitime défense. Éternel discours de l’efficacité contre la morale. C’est oublier que les droits de l’homme n’ont pas été inventés par des pacifistes bêlants, mais par des gens qui savaient, en 1948, à quel type d’efficacité pouvait conduire le recours aux forces armées. C’est oublier qu’il est vain d’espérer qu’appliquer la loi du talion, « œil pour œil, dent pour dent », terrorisera les futurs auteurs d’attentats. Les méthodes musclées et les inévitables dommages collatéraux qui en résultent n’ont jamais produit autre chose qu’une spirale de violence. Elles ne font que renforcer la détermination des différentes composantes de la nébuleuse terroriste auxquelles elles fournissent un formidable outil de propagande. Les missiles ne règlent aucun problème de fond, qu’il soit géopolitique, social ou religieux. Ils ne font que retarder et compliquer le travail des diplomates.

Répondre à la violence par la violence, c’est donner l’illusion de mener une action déterminée susceptible d’assurer notre sécurité en laissant croire que l’usage des armes peut être une solution. Sachons voir les opérations « homo » pour ce qu’elles sont : l’incarnation ultime de la raison d’État et des crimes qu’elle peut engendrer. Rappelons nous que les mêmes arguments pourraient être utilisés pour justifier la torture. Prenons garde enfin à nous méfier de l’abus du langage guerrier. La guerre, la vraie, reste possible. Probable. Ne nous habituons pas à sa possibilité.

Jean-Etienne de Linares, délégué général de l'ACAT / @JEdeLinares

Articles associés

Communiqué
Darmanin_Thumbnail
France

Le ministre de l'Intérieur méconnaît la réalité des perso...

Le 28 / 11 / 2022
Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, a demandé que soient appliquées les mêmes mesures de suivi aux étrangers faisant l'objet d'une OQTF que ceux ayant commis une infraction. Une atteinte sévère à l'état de droit qui assimile les personnes étrangères à des personnes délinquantes.
Communiqué
Darmanin_Thumbnail
France

Péril sur le droit d'asile !

Le 23 / 11 / 2022
Le 23 novembre, Gérald Darmanin a invité plusieurs organisations de la société civile à une concertation portant sur le droit d'asile, excluant une partie importante des acteurs de la Coordination française pour le droit d'asile dont l'ACAT-France est membre. Alors que le gouvernement français prépare un nouveau projet de loi pour réformer le droit d'asile, les mesures annoncées mettent en grand danger l'exercice du droit d'asile, pourtant droit fondamental et socle de notre solidarité.
Article
cfda_logo
France

Conditions minimales pour que l’asile soit un droit réel

Le 22 / 11 / 2022
Alors que le gouvernement annonce une nouvelle loi sur l’asile et l’immigration, la Coordination française pour le droit d’asile (CFDA) pose les 15 conditions minimales pour que l’asile soit un droit réel.