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Arrestation et détention arbitraire de plus de 70 militants indépendantistes cabindais

Plus de 70 militants du Mouvement indépendantiste du Cabinda (MIC) –organisation de jeunes cabindais créée en 2017 (non reconnue par les autorités) – sont actuellement maintenus en détention provisoire dans la province du Cabinda, pour avoir voulu manifester pacifiquement en faveur de l’autodétermination du peuple cabindais.
Militants MIC.
Le 26 / 02 / 2019

Plus de 70 militants du Mouvement indépendantiste du Cabinda (MIC) –organisation de jeunes cabindais créée en 2017 (non reconnue par les autorités) – sont actuellement maintenus en détention provisoire dans la province du Cabinda, pour avoir voulu manifester pacifiquement en faveur de l’autodétermination du peuple cabindais.

Le 28 janvier 2019, des forces de sécurité angolaises arrêtent avec brutalité huit jeunes militants du MIC dans un domicile privé de Cabinda. Ils préparaient des tracts et des banderoles pour la manifestation pacifique prévue pour le 1er février 2019. En effet, le 7 janvier 2019, le MIC avait adressé un courrier aux autorités angolaises afin de les informer de la tenue de cette manifestation destinée à commémorer la signature du traité de Simulambuco signé le 1er février 1885, qui confère au territoire de Cabinda le statut de protectorat de la couronne portugaise (un statut autre que celui de l’Angola).

Le 29 janvier, vingt personnes sont arrêtées par la police devant le bâtiment du service des enquêtes criminelles alors qu’elles demandaient pacifiquement la libération de leurs proches arrêtés la veille. Le 1er février, jour de la manifestation, trente-quatre personnes sont arrêtées par la police. D’autres arrestations ont lieu dans les jours suivants, notamment le 16 février, lorsque la police arrête en plein culte le pasteur João Paulo et huit membres de son Église. Ce pasteur était connu pour tenir des prêches en faveur de l’autodétermination du peuple cabindais.

Inculpés « d’association de malfaiteurs, rébellion, outrage à l’État, troubles à l’ordre public, résistance », les militants du MIC et leurs proches sont tous détenus à la prison civile de la province de Cabinda.

 

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CONTEXTE

« Depuis plus d’un demi-siècle, dans l’indifférence quasi générale des médias et de la communauté internationale, un conflit larvé perdure au Cabinda, petit territoire angolais enclavé entre le Congo-Brazzaville et la République démocratique du Congo »[1]. La province angolaise du Cabinda, surnommée le « Koweït africain » du fait de ses vastes ressources pétrolières, abrite l’un des rares mouvements de libération toujours actifs depuis les luttes d’indépendance des années 60 : le Front de libération de l’enclave du Cabinda (FLEC). Le FLEC est né en 1963 pour lutter contre le colonisateur portugais. En septembre 1974, le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) – un mouvement de libération angolais – prend pied dans l’enclave du Cabinda avec l’aide des troupes cubaines et déclare que ce territoire fera « partie intégrante » du futur état angolais indépendant. Le FLEC change alors d’adversaire à partir de 1975 : l’ennemi devient l’Angola. Après plus de vingt-cinq ans d’un conflit de basse intensité, après avoir perdu ses alliés au Congo, au Zaïre et des aides ponctuelles occidentales, le FLEC essuie plusieurs revers militaires importants au début des années 2000 ce qui pousse de nombreux cadres à s’exiler. En juillet 2003, l’association Mpalabanda (Associação cívica de Cabinda) est créée. La lutte armée laisse place à la mobilisation citoyenne. L’association Mpalabanda, symbole d’une nouvelle manière de faire de la résistance au Cabinda, se retrouve rapidement dans la ligne de mire des autorités angolaises, particulièrement à cause de ses rapports accablants qui détaillent les exactions commises par les Forces armées angolaises (FAA) et le FLEC. En juillet 2004, à Tshiowa, Mpalabanda réussit à faire descendre dans les rues des dizaines de milliers de Cabindais avec des slogans tels que « le peuple veut la paix » et « dialogue tout de suite ». Les autorités angolaises prennent peur et décident d’interdire l’organisation en juin 2006, sous prétexte de liens avec le FLEC. Cette interdiction met durablement à mal la mobilisation de la société civile cabindaise sur les sujets relatifs aux droits civils et politiques. En 2017, des jeunes Cabindais décident de créer le MIC pour continuer de manière pacifique la lutte pour l’autodétermination du peuple cabindais.

 

[1] « Histoire d’une guérilla fantôme. Le(s) Front(s) de libération de l’enclave du Cabinda », Joseph Figueira Martin, IFRI en janvier 2017, https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/figueira_martin_guerilla_cabinda_2017.pdf

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