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Arrestation et détention arbitraire de Maurice Kamto, principal opposant politique

Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), est détenu à Yaoundé dans les locaux du Groupement spécial d’opérations (GSO), une unité d'élite de la police. Il a été arrêté, à Douala, le 28 janvier 2019, à la suite de la répression de manifestations pacifiques, interdites, initiées par son parti, dans plusieurs villes du pays pour contester les résultats de l’élection présidentielle d’octobre 2018.
Kamto
Le 11 / 02 / 2019

Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), est détenu à Yaoundé dans les locaux du Groupement spécial d’opérations (GSO), une unité d'élite de la police. Il a été arrêté, à Douala, le 28 janvier 2019, à la suite de la répression de manifestations pacifiques, interdites, initiées par son parti, dans plusieurs villes du pays pour contester les résultats de l’élection présidentielle d’octobre 2018.

Huit charges pèsent actuellement sur Maurice Kamto, le leader de l'opposition camerounaise : « insurrection, attroupement, rébellion en groupe, trouble à l’ordre public, hostilité contre la patrie, association de malfaiteurs, incitation à l'insurrection, complicité ». Les mêmes charges pèsent sur plus de deux cent militants et sympathisants du MRC, arrêtés dans plusieurs villes – dont Bafoussam, Douala, Dschang, Yaoundé – pour avoir participé à la « marche blanche » réprimée le 26 janvier 2019 ou pour être proches de ce parti politique. Parmi ces personnes : Paul-Eric Kingue, son ancien directeur de campagne, et le rappeur contestataire Valsero.

Selon le code pénal, Maurice Kamto et les autres détenus pourraient potentiellement être condamnés à mort s’ils étaient reconnus coupables « hostilité contre la patrie » (article 102). A ce jour, Maurice Kamto n’a pas encore été inculpé, l’enquête préliminaire est encore en cours.

Le régime de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a fait de la répression une stratégie de conservation du pouvoir.

 

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CONTEXTE

Le président Paul Biya est au pouvoir depuis 1982. En avril 2008, les députés camerounais, dont la très grande majorité est membre du parti au pouvoir - le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) - votent plusieurs projets d'amendements à la Constitution de 1996, ouvrant la voie à une présidence à vie de Paul Biya, alors âgé de 75 ans. L'article 6 (alinéa 2) qui prévoyait que le président était « renouvelable une fois » devient est « rééligible ». Paul Biya, qui était alors en fin de second mandat, peut par conséquent postuler à la présidentielle de 2011 et aux suivantes, sans limitation de mandats, ce qu’il ne pouvait faire avec la Constitution de 1996. Un nouvel article de la Constitution officialise également l'immunité du chef de l'Etat à l'issue de son mandat : une protection au cas où Paul Biya devait partir en retraite et que la justice s’intéresserait à lui. Ces modifications constitutionnelles n’ont pas fait l’objet de contestations dans les rues du pays. Les forces de l’ordre étaient déployées, en masse, dans toutes les villes stratégiques. Deux mois auparavant, en février 2008, ces mêmes forces de l’ordre avaient réprimé dans le sang des manifestations transformées en émeutes. Des populations, principalement urbaines et jeunes, étaient descendues dans les rues pour crier leur mécontentement face la cherté de la vie, le manque d’avenir et le projet de réforme constitutionnelle devant permettre à un vieux président, au pouvoir depuis 26 ans, de se maintenir au pouvoir. Les forces de l’ordre avaient tiré à balles réelles sur ces jeunes causant plus d’une centaine de morts ; Une quarantaine de morts selon les autorités et uniquement par « légitime défense ». Plus de 700 jeunes avaient été arrêtés et condamnés à des amendes ou à des peines de prison de manière expéditive et souvent au mépris du droit. Dans ces conditions, plus personne n’était prêt à manifester en avril 2008 contre l’avènement d’une véritable « démocrature » au Cameroun. En octobre 2011, Paul Biya a été réélu, pour un sixième mandat, à l’issue d’un scrutin sans enjeu dans un pays miné par le marasme économique, la corruption et verrouillé par la répression. Dans l’Extrême-Nord du pays, région particulièrement délaissée par les autorités, des milliers de jeunes camerounais ont commencé à rejoindre Boko Haram - groupe terroriste nigérian - qui leur promettait un meilleur avenir : argent, biens matériels, femmes, etc. En décembre 2014, le Cameroun, après avoir laissé pendant plusieurs années prospérer ce groupe terroriste sur son territoire, lui a déclaré la guerre sous la pression internationale. S’en est suivi une confrontation directe puis indirecte entre les Forces de défense et de sécurité camerounaises et les combattants de Boko Haram avec son lot d’attentats-suicide, d’attaques de villages et d’exécutions sommaires. Les autorités camerounaises ont répondu avec une répression féroce contre toute personne ayant ou pouvant avoir un lien avec Boko Haram : Exécutions sommaires, tortures, disparitions forcées… L’Extrême-Nord du Cameroun est devenu une zone de non droit. En octobre 2016, les camerounais anglophones ont commencé à manifester pacifiquement, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, pour faire reconnaitre leurs droits spécifiques liées à leur langue. Les autorités ont répondu par la répression. La contestation s’est alors durcie de jour en jour en réponse aux violences de l’Etat et aux négations de leurs droits. Les régions anglophones du Cameroun sont aujourd’hui en proie à un conflit de basse intensité où les groupes armés sélectionnistes contrôlent des territoires entiers et harcèlent les forces armées camerounaises sous forme de guérilla. En octobre 2018, Paul Biya a été réélu à l’issue d’un scrutin, une nouvelle fois ni transparent ni démocratique. Depuis lors, toutes les voix dissidentes, politiques comme issues de la société civile, qui mettent en doute à légalité du pouvoir en place ou critiquent la gestion politique de la crise anglophone font l’objet d’une répression systématique : intimidations, arrestations et détentions arbitraires, poursuites judiciaires iniques et dans certains cas disparitions forcées. Face aux dérives du régime de Paul Biya, le 13 Novembre 2018, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a demandé aux autorités camerounaises d’ « assurer un espace démocratique pour les acteurs de la société civile, de l’opposition politique, les journalistes, les avocats et des activistes des mouvements pro-démocratie ».

 

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