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Chine
Actualité

À Noël, un avocat jugé à l’abri des regards après trois ans et demi de détention

Une nouvelle fois, les autorités chinoises ont profité de la période des fêtes pour organiser le simulacre de procès d’un défenseur des droits humains réputé, Wang Quanzhang, détenu depuis août 2015. Le verdict sera annoncé ultérieurement.
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Wang Quanzhang avant son arrestation en 2015, avec son épouse Li Wenzu et son fils Quanquan. DR.
Le 09 / 01 / 2019

Mise à jour au 04/02/19

Le 28 janvier 2019, le tribunal de Tianjin a déclaré l’avocat des droits humains Wang Quanzhang coupable de « subversion du pouvoir d’Etat » et l’a condamné à quatre ans et demi de prison assortis de cinq ans de déchéance de ses droits politiques. Détenu au secret depuis juillet 2015, Wang Quanzhang devra donc encore purger une année derrière les barreaux, tandis que ses proches s’inquiètent des mauvais traitements réservés aux prisonniers politiques.


Le 26 décembre 2018, alors la vigilance de la communauté internationale se fait moins forte, la Chine a jugé en secret l’un des avocats des droits humains les plus proéminents du pays : Wang Quanzhang (王全璋). Ce dernier est détenu depuis plus de trois ans et demi sans contact avec l’extérieur. Les sept avocats successifs choisis par sa famille pour le représenter ont tour à tour été intimidés, harcelés, voire radiés du barreau et arrêtés dans le cas de Yu Wensheng (余文生).

Son procès s’est tenu à la 2ème cour intermédiaire populaire de Tianjin, dans le Nord du pays. Journalistes, diplomates et soutiens de l’avocat ont été tenus à distance du tribunal par la police, au motif que le procès impliquait des « secrets d’Etat ». L’audience s’est terminée sans qu’aucun verdict ne soit annoncé. Dès l’ouverture du procès, Wang Quanzhang aurait renvoyé l’avocat qui lui avait été assigné sans son accord. L’audience s’est donc poursuivie sans qu’il ne bénéficie d’une représentation légale. L’acte d’accusation de Quanzhang mentionne clairement ses activités de défense des droits humains, et notamment le fait qu’il ait protesté contre la torture de ses confrères avocats et fourni une assistance légale à des disciples de Falun Gong. Son épouse, Li Wenzu (李文足), a été avertie de l’audience deux jours en avance mais a été retenue à son domicile par une vingtaine de policiers.

Après son arrestation en août 2015, Wang Quanzhang a été détenu au secret durant plusieurs mois, sans accès à un avocat et sans aucune communication avec sa famille. En janvier 2016, les autorités ont annoncé qu’il était accusé de « subversion du pouvoir de l’État » et ont affirmé le détenir au centre de détention n°2 à Tianjin, sans qu’aucun document officiel n’ait été communiqué. Jusqu’à peu, sa famille ne savait même pas s’il était encore vivant. Durant ces trois ans et demi de détention, il est très probable que Quanzhang ait subi des actes de torture, à l’instar d’autres avocats ciblés par la vague de répression « 709 ».

 

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Contexte

Condamner des dissidents lorsque l’opinion publique internationale est moins vigilante

La Chine, comme d’autres pays, est connue pour arrêter ou condamner arbitrairement des personnalités emblématiques entre Noël et le Jour de l’an, à l’heure où les bureaux des diplomates étrangers, des journalistes internationaux et des ONG de défense des droits humains sont majoritairement désertés : condamnation le 25 décembre 2009 de Liu Xiaobo (prix Nobel de la paix décédé en prison en 2017), condamnation le 26 décembre 2017 de l’activiste Wu Gan (pour qui l’ACAT continue de se mobiliser) à huit ans de prison, et de l’avocat suivi par l’ACAT, Xie Yang.

Cette année, d’autres peines ont été prononcées durant les fêtes : quatre ans pour le journaliste Sun Lin (孙林) le 25 décembre, deux ans pour le défenseur des droits humains Zhen Jianghua (甄江华) le 28 décembre… L’avocat des droits humains Liu Zhengqing (刘正清) a également été radié du barreau le 25 décembre au motif que ses plaidoiries étaient une « menace à la sécurité nationale ».

Harcèlement et intimidation des soutiens des défenseurs

Lorsque les autorités s’en prennent à un défenseur des droits humains, elles ne se contentent pas de l’enfermer et de le punir : elles s’en prennent également à ses proches et ses soutiens. Depuis l’arrestation de Wang Quanzhang, sa famille subit toutes sortes de pressions : éviction de leur appartement, assignation à résidence, surveillance constante de leur domicile par des agents de police, entraves à l’inscription de leur jeune fils à l’école… Son épouse Li Wenzu a également été à plusieurs reprises empêchée de délivrer des lettres à la Cour suprême réclamant le respect des procédures judiciaires entérinées par la loi chinoise.

L’avocat de Wang Quanzhang, Yu Wensheng (余文生), a quant à lui été arrêté en janvier 2018. Depuis, il est détenu au secret sans contact avec l’extérieur et risque lui aussi d’être soumis à de mauvais traitements et de la torture. Sa femme a également été interrogée par la police et menacée de poursuite en justice pour subversion.

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